Buell Motorcycle
ADN de la marque
L'ingénierie américaine au service de la sportivité. Buell, c'est l'anti-Harley par excellence : une marque née de la frustration d'un ingénieur-coureur persuadé que l'Amérique pouvait produire des sportives de classe mondiale. Réservoir dans le cadre, frein périmétrique, échappement sous le moteur, masse centralisée : chaque innovation signée Buell visait la performance pure, sans compromis. Après une histoire tumultueuse entre rachat par Harley, fermeture brutale et résurrection sans son fondateur Erik Buell, la marque reste un nom qui fait vibrer les passionnés de sportives V-twin. Le caractère est unique, le son aussi, et aucune autre moto au monde ne ressemble à une Buell. C'est une machine pour ceux qui veulent rouler différent des autres et qui valorisent l'audace technique.
Caractéristiques clés
Les plus et les moins
Les plus
- Innovations châssis révolutionnaires (fuel-in-frame, frein périmétrique, masse centralisée) en avance sur l’industrie
- Caractère et sonorité V-twin américain uniques, impossible à confondre avec la concurrence
- Rapport poids/puissance exceptionnel sur les modèles actuels (185 ch pour 190 kg)
- Héritage de course authentique et philosophie d’ingénieur-coureur
- Fabrication américaine artisanale avec carrosserie en fibre de carbone
- Communauté de passionnés fidèle et engagée
- Design radical et immédiatement identifiable
Les moins
- Réseau de concessionnaires et de service après-vente encore très limité
- Gamme actuelle réduite à deux modèles en production, basés sur une plateforme vieillissante (EBR 2014)
- Prix élevé pour une marque en phase de relance sans l’historique qualité de son fondateur
- Erik Buell n’est pas impliqué dans la résurrection actuelle, ce qui inquiète certains puristes
- Electronique embarquée et aides au pilotage en retrait par rapport à la concurrence moderne (pas de modes de conduite, pas de jauge à essence)
Histoire
Comment est née Buell ?
L’histoire de Buell est indissociable de celle d’un homme : Erik Buell. Né en 1950 à Pittsburgh (Pennsylvanie), ce fils de fermier apprend la mécanique dès l’enfance. Passionné de moto, il finance ses études d’ingénieur à l’Université de Pittsburgh en travaillant comme mécanicien moto le jour et en suivant les cours le soir. Parallèlement, il court en AMA Superbike sur Ducati et en Formula One sur Yamaha TZ750. Un personnage hors du commun.
Diplômé en 1979, Buell est embauché chez Harley-Davidson où il travaille sur le développement des châssis, notamment la série FXR, reconnue pour sa tenue de route supérieure. Mais son ambition de créer une sportive américaine ne le quitte pas. En 1982, il quitte Harley pour se consacrer à la course. En 1983, il fonde Pittsburgh Performance Products (futur Buell Motorcycle Company) et construit sa première moto : la RW750, un pur engin de course propulsé par un moteur deux-temps quatre cylindres en carré de 750 cm3 acheté au constructeur britannique Barton. Lors des essais à Talladega, la RW750 atteint 286 km/h. Malheureusement, l’AMA supprime la catégorie Formula One peu après, rendant la machine obsolète.
L’invention de la sportive américaine
Refusant d’abandonner, Erik Buell change de cap. Il récupère un lot de 50 moteurs Harley-Davidson XR1000 invendus et les installe dans des châssis de sa conception. En 1987, la Buell RR1000 devient la première sportive américaine de série. Le premier concessionnaire Buell au monde, Rockville Harley-Davidson dans le Maryland, vend les premières machines. 50 exemplaires sont produits.
Dès le départ, Erik Buell impose sa philosophie d’ingénieur-coureur, articulée autour de trois principes révolutionnaires : la centralisation des masses (concentrer le poids au plus près du centre de gravité), la rigidité du cadre et la réduction du poids non suspendu. Ces concepts donnent naissance à des innovations devenues sa marque de fabrique : le réservoir d’essence intégré au cadre (fuel-in-frame), l’échappement sous le moteur (underslung exhaust), le frein avant à disque périmétrique (monté sur la jante plutôt qu’au moyeu) et l’huile stockée dans le bras oscillant. Des solutions radicales, souvent en avance sur leur temps.
La gamme s’étoffe avec la RR1200 (1988), puis les Thunderbolt S2 (1994), Lightning S1 (1996) et Cyclone M2 (1997). La Lightning est considérée comme pionnière de la vague “naked bike” (roadster dépouillé) aux Etats-Unis.
Le mariage compliqué avec Harley-Davidson
En 1993, Harley-Davidson acquiert 49 % de Buell Motorcycle Company pour 500 000 dollars. En 1998, Harley monte à 98 %, ne laissant que 2 % à Erik. En 2003, Buell devient une filiale à 100 % de Harley-Davidson.
Sur le papier, le partenariat offre à Buell les moyens de passer à une production de volume : accès au réseau de concessionnaires Harley, budget de développement et fourniture de moteurs V-twin Sportster. En pratique, la relation est souvent frustrante. Harley impose à Buell de suivre ses processus rigides de planification produit et considère la marque comme un “premier vélo” censé amener les clients vers Harley. Le moteur V-Rod refroidi par eau, initialement un projet d’Erik Buell pour une sportive carénée, est récupéré par Harley pour un cruiser, devenant selon Buell “trop gros, trop lourd, trop cher et trop tardif” pour ses propres motos.
Malgré ces tensions, la période Harley produit des machines remarquables. En 2002, la Firebolt XB9R introduit le concept fuel-in-frame sur un modèle de série, une première dans l’industrie. La gamme XB (XB9, XB12) en versions Firebolt (sportive) et Lightning (naked) rencontre un vrai succès critique. En 2007, la 1125R marque un tournant avec le premier moteur non-Harley : un V-twin Rotax 1 125 cm3 refroidi par eau développant 146 ch, conçu en grande partie par Erik Buell.
La fin brutale et la course contre le destin
En 2008, la crise financière mondiale frappe Harley-Davidson de plein fouet : les ventes chutent d’un cinquième en un an. Le nouveau PDG Keith Wandell, qui n’est jamais monté sur une Harley avant d’être recruté, qualifie Buell de “hobby de course d’Erik” et se demande publiquement “pourquoi quiconque voudrait rouler sur une sportive”. Le 15 octobre 2009, Harley-Davidson annonce l’arrêt définitif de la production Buell. La dernière moto sort de l’usine d’East Troy (Wisconsin) le 30 octobre 2009. Au total, 136 923 Buell ont été construites.
Ironie cruelle : en 2009, Danny Eslick remporte le championnat AMA Daytona SportBike sur une Buell 1125R, le premier titre national majeur de la marque. Trop tard.
Erik Buell Racing et la traversée du désert
En novembre 2009, Erik Buell annonce la création d’Erik Buell Racing (EBR), une entreprise indépendante produisant des versions course puis route des Buell 1125. Le moteur est porté à 1 190 cm3 pour 185 ch. Les modèles 1190RS, 1190RX et 1190SX représentent la vision d’Erik Buell enfin libérée des contraintes Harley. En 2013, le géant indien Hero MotoCorp achète 49,2 % d’EBR pour 25 millions de dollars. Mais Hero ne tient pas ses engagements financiers et EBR est liquidée en 2015 par Liquid Asset Partners (LAP), la même société qui avait été chargée de démanteler Buell en 2009.
Buell aujourd’hui : la résurrection sans Erik
En 2021, LAP rachète la marque Buell à Harley-Davidson et annonce la relance de la production depuis Grand Rapids (Michigan), sous la direction du PDG Bill Melvin. Erik Buell n’est pas impliqué dans cette renaissance : il a cofondé FUELL, une start-up de véhicules électriques, et a publiquement demandé que LAP cesse d’utiliser son nom personnel.
La nouvelle Buell propose actuellement deux modèles : la Hammerhead 1190 (sportive, 185 ch, 190 kg à sec, environ 18 000 USD) et la 1190SX (roadster), toutes deux basées sur la plateforme EBR 1190 avec des améliorations (carrosserie carbone, garantie 3 ans). Le Super Cruiser, développé en collaboration avec le designer Roland Sands, est un muscle cruiser promettant 175 ch pour 204 kg. Avec plus de 120 millions de dollars de précommandes annoncées, sa production est prévue pour fin 2025. Le SuperTouring (touring sportif) est en cours de finalisation.
Fin 2024, Buell comptait 52 partenariats concessionnaires avec un objectif de 100 points de service pour 2025. L’expansion internationale vise le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et l’Allemagne.
En résumé
Buell incarne le rêve américain de la sportive : une vision d’ingénieur-coureur brillant, des innovations révolutionnaires, un drame industriel avec Harley-Davidson, et une résurrection incertaine mais passionnante. Les Buell originales restent des machines cultes, célébrées pour leur caractère unique et leur intelligence mécanique. La marque renaissante doit prouver qu’elle peut honorer cet héritage sans son créateur.
Modèles emblématiques
RR1000 (1987)
La toute première sportive américaine de série. Erik Buell prend un lot de moteurs Harley-Davidson XR1000 V-twin invendus et les installe dans un châssis de sa conception, avec un carénage aérodynamique et un amortisseur arrière monoshock monté sous le moteur. 50 exemplaires sont produits et vendus via le premier concessionnaire Buell à Rockville (Maryland). La RR1000 prouve qu’on peut construire une vraie sportive aux Etats-Unis avec un moteur américain. C’est l’acte de naissance d’une philosophie.
S1 Lightning (1996)
La moto qui a mis Buell sur la carte. Ce roadster musclé motorisé par un V-twin Harley Sportster 1 203 cm3 est considéré comme le pionnier de la vague “naked bike” aux Etats-Unis. Son échappement sous le moteur, sa ligne agressive et son châssis vif en font une machine radicalement différente de tout ce qui existe alors sur le marché américain. En 1998, Buell est le deuxième constructeur de sportives non-japonais aux Etats-Unis, derrière Ducati. La Lightning reste l’une des Buell les plus emblématiques.
XB9R Firebolt (2002)
L’aboutissement de la philosophie Buell. La Firebolt introduit le réservoir de carburant intégré au cadre en aluminium (fuel-in-frame) sur un modèle de série, une première mondiale. L’huile est stockée dans le bras oscillant. Le disque de frein avant est monté sur la jante (frein périmétrique), réduisant le poids non suspendu. Chaque composant sert à plusieurs fonctions : légèreté, centralisation des masses, compacité. Le V-twin Sportster de 984 cm3 développe 92 ch dans un ensemble de seulement 175 kg à sec. C’est de l’ingénierie moto radicale et brillante.
1125R (2007)
Le premier moteur non-Harley dans une Buell, et quel moteur : un V-twin Rotax 1 125 cm3 refroidi par eau, à 72 degrés, double arbre à cames en tête, quatre soupapes par cylindre, développant 146 ch. Conçu avec une forte contribution d’Erik Buell, ce moteur appelé Helicon représentait l’avenir de la marque. La 1125R combinait enfin la philosophie châssis de Buell avec un moteur moderne à la hauteur. La variante 1125CR (2009), plus street avec un style café racer, complétait la gamme. Malheureusement, Harley a fermé Buell l’année même de sa sortie.
Hammerhead 1190 (2021)
Le symbole de la résurrection. Basée sur la plateforme EBR 1190RX développée par Erik Buell après son départ de Harley, la Hammerhead reprend le V-twin 1 190 cm3 refroidi par eau de 185 ch et 138 Nm, la philosophie fuel-in-frame, le frein périmétrique et le châssis aluminium. A 190 kg à sec pour 185 ch, c’est l’une des sportives V-twin les plus légères et puissantes du marché. Produite à Grand Rapids (Michigan) avec une carrosserie en fibre de carbone, elle marque le retour concret de la marque Buell sur la route, même sans Erik à la barre.
